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Docteur Turin et Mister Juve

Docteur Turin et Mister Juve
D’une balade bavaroise, le choc Turin-Munich a finalement accouché d’un match nul ultra séduisant (Icon Sport)

Alors qu’il menait 2-0 à Turin et avait un pied et demi en quarts de finale de la Ligue des champions, le Bayern Munich a subi la furia turinoise. Sur des réalisations de Dybala et Sturaro, les leaders de la Serie A, bipolaires au possible, ont renversé de façon inattendue un Bayern qui les avait pourtant écrasés en première période. Match nul, balle au centre et un match européen d’une intensité extrême comme on les aime.

Ce Juve-Bayern était le duel très attendu entre les champions sortant d’Italie et d’Allemagne, respectivement finaliste et demi-finaliste de la dernière C1. Il y a pire comme CV. On était donc en droit d’attendre un match ouvert et serré et on l’a eu avec un excellent 2-2 à la clef. Mais ce match plein d’action s’est montré on ne peut plus surprenant, dans des proportions inattendues, tant chaque formation a eu ses temps forts dans sa mi-temps respective. Ceux qui parlent d’une Bundesliga en plein essor et d’une Serie A moribonde n’ont pas franchement tort. Mais quand on voit la manière dont le Bayern s’est promené sur la pelouse du Juventus Stadium avant que les Turinois ne les renversent, on ne peut pas dire que l’esprit de battant italien ait complètement disparu des radars. Dans tous les compartiments du jeu, les Allemands disposaient d’un supplément d’âme : du liant en attaque autour de l’inépuisable Arjen Robben et de l’intelligence tactique de Robert Lewandoswski, mais aussi une vraie capacité de maîtrise au milieu de terrain incarnée par Arturo Vidal, passé d’un camp à l’autre l’été dernier. Les Turinois possédaient quant à eux du cœur et des joueurs animés d’une fierté qui impose le respect. Dans l’adversité, remonter deux buts à ce Bayern relève de l’exploit. Lente au démarrage puis resplendissante passées les difficultés : la Juve a été fidèle à ce qu’elle propose dans l’exercice en cours.

Le Bayern écrase tout

315 passes réussies contre 114, 69% de possession, deux fois plus d’occasions obtenues et donc logiquement une unité d’avance au tableau d’affichage : la première période du Bayern à Turin se conjugue au plus-que-parfait. Même avec une défense centrale remaniée Alaba-Kimmch, loin de l’association optimale que puisse proposer Pep Guardiola, la Bayern n’a pas flanché et su compter sur ses têtes de gondoles offensives et son milieu de terrain pour faire vaciller les champions d’Italie. Malgré un stade chauffé à blanc, c’est l’ancien de la maison Arturo Vidal qui balance la première mèche de la rencontre quelques minutes après le début des débats. Grand connaisseur du Chilien pour l’avoir côtoyé quatre saisons durant, Gianluigi Buffon sauve la Vieille Dame au prix d’un arrêt spectaculaire. Ce ne sera que partie remise pour les visiteurs. Il faut attendre le quart d’heure de jeu pour voir la Juve se montrer menaçante par Mario Mandzukic. Avec Juan Cuadrado sur la côté droit et un Paul Pogba plus latéral qu’à l’accoutumée, la Juve espère piquer le Bayern en contre mais bute systématiquement sur la tactique « guardiolienne » : un pressing de tous les instants combiné à une application défensive très marquée de ses latéraux, Douglas Costa en tête. La Juve est impuissante. Et à force de dominer les débats, le Bayern, au gré de ses occasions, finit par trouver la faille avant la pause. Sur un centre de Robben, Costa remise hasardeusement dans l’axe et trouve Barzagli sur sa route qui repousse malgré lui. La science du placement de Thomas Müller à la retombée fait le reste et Buffon ne peut rien sur la frappe qu’il envoie dans les cages turinoises (0-1, 43ème).

Une Juve à l'image de sa saison

Au retour des vestiaires, les Bavarois assomment la Juve – du moins, le croit-on. Alors que les Italiens prennent plus d’initiatives depuis l’entrée en jeu d’Hernanes en lieu et place d’un Claudio Marchisio peu étincelant, le Bayern s’en vient claquer un contre éclatant. Servi par Lewandowski, Arjen Robben se joue du pauvre Barzagli à droite de la surface et enchaine sa spéciale – splendide – du gauche pour mystifier Buffon et plomber le Juventus Stadium. Se relâcher en Ligue des champions, c’est oublier qu’on y côtoie un gratin européen qui a des forces qu’on ne croise pas forcément le week-end dans son championnat domestique. Finalement, la Juve aura servi à ses fans une partie à l’image de sa saison actuelle : poussive voire catastrophique dans un premier temps, étincelante dans un second. Usant d’une relance approximative de l’inexpérimenté Kimmich, Mandzukic récupère et sert Dybala qui s’en vient inscrire son premier but en Ligue des champions. Come back, épisode 1. Déterminé à conserver son avantage, le Bayern a toutefois clairement perdu de sa superbe et subit des vagues turinoises incessantes. Dans le sillage d’un Pogba rebelle, Cuadradro contraint Manuel Neuer à aller chercher le ballon sous sa barre avant que le Français ne manque de peu le cadre quelques instants plus tard. C’est finalement sur une action impliquant de nouveau Mandzukic et un Kimmich trop juste que Stefano Sturaro, entré en cours de jeu, remet la Juve à hauteur de façon inattendue mais tellement logique. La fin de match voit les locaux se lancer à l’abordage et malgré quelques situations chaudes sur son but, Manuel Neuer repousse incessamment, jusqu'au coup de sifflet final qui consacre une partie hors norme. Tout se jouera donc à Munich dans trois semaines avec un avantage statistique pour le Bayern et ses deux buts inscrits à l’extérieur mais une dynamique clairement turinoise. Ça promet.

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