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Coupe du monde 2022

Souviens-toi... L’Euro dernier

Souviens-toi... L’Euro dernier
Mario Balotelli - 24.06.2012 - Angleterre / Italie - 1/4 Finale Euro 2012 - Kiev (Photo : Spi / Icon Sport)

Souviens-toi. Souviens-toi de ce dimanche soir d’été au stade Olympique de Kiev. Nous sommes le 24 juin 2012, dernier quart de finale de l’Euro de la même année, organisé en Pologne et en Ukraine. Avant le coup d’envoi à 20h45, on connait déjà les trois autres qualifiés pour les demies, et l’Allemagne va rencontrer le vainqueur de ce dernier quart. Souviens-toi de cet Angleterre-Italie comme le match devenu le meilleur 0-0 d’une phase finale d’un Championnat d’Europe.

Souviens-toi de ce dimanche 24 juin. Voilà maintenant deux semaines que l’Euro 2012 est commencé. Tu regardes tous les matches de l’Equipe de France avec ferveur, et essayes de suivre au maximum les autres rencontres, au moins celles qui concernent les cadors européens. Mais tu es sorti la veille – samedi soir oblige – après la défaite de tes Bleus face à l’Espagne (0-2), et tu n’as que le dernier quart de l’Euro à 20h45 pour te divertir en cette journée plus reposante que productive. Seulement l’affiche programmée ne t’enchante pas plus que ça. Angleterre-Italie, c’est avant tout un match entre deux ennemis jurés des Français. Les « Rosbeefs » ont terminé premiers de la poule D, devant la France, malgré un match nul (1-1) entre les deux favoris du groupe. Les Italiens, eux, restent gravés dans la mémoire des Bleus comme ayant gâché la Coupe du Monde parfaite de Zidane et des siens en 2006, ce qui reste, avant l’Euro 2012, la dernière bonne performance de la Squadra Azzura. Ils se sont qualifiés pour ce quart de finale en finissant deuxième de leur poule, derrière l’Espagne, futur vainqueur de la compétition.

44 tirs, 0 but

Les deux sélections entament le match avec leurs équipes types attendues, les stars sont présentes sur le terrain. Roy Hodgson et Cesare Prandelli, respectivement sélectionneurs de l’Angleterre et de l’Italie à l’époque, composent avec quelques grands joueurs, bientôt sur le déclin, et de jeunes pousses, inexpérimentées. Terry, Gerrard et Rooney côtoient Glen Johnson ou encore Danny Welbeck sur le pelouse, face au trio Buffon-De Rossi-Pirlo italien, qui lui doit faire avec des joueurs tels que Abate ou Balotelli. On se dit alors que cet Euro est peut-être la dernière grande compétition internationale où peuvent briller ces presque anciennes gloires, ces stars qui nous ont fait rêver des années durant en Ligue des Champions les mardi et mercredi soirs. Et cela se ressent dans les tribunes : même si les supporters italiens sont majoritaires, les deux sélections bénéficient d’une ambiance grandiose que seul un vrai public de connaisseurs peut apporter. On suppose alors que le match va être serré. Mais en aucun cas, sauf dans le score.

Dès le début de la rencontre on sent les Italiens plus vifs, plus généreux dans l’effort et techniquement meilleurs. Seul le poteau peut arrêter la magnifique reprise de volée du gauche de Daniele de Rossi. S’en suit un nombre incalculable de tirs (enfin si en fait, 35 pour l’Italie), pas toujours bien exécutés par les joueurs italiens. Hart s’emploie tout le match, sa défense le laisse bien souvent seul face aux frappes italiennes. La rencontre devient un assaut, et l’assaut un siège. L’Italie compte 64% de possession au coup de sifflet final. Les prolongations ne donnent pas de répit aux Anglais, bien au contraire : les rentrants italiens sont frais et généreux. Le poteau gauche de Hart, encore lui, vient sauver les siens de l’ouverture du score de Diamanti, et un hors-jeu annule, logiquement, le but de la tête de Nocerino.

Pirlo maestro et la doublette d’attaque la plus improbable

Auteur d’un match énorme comme on en a l’habitude, Andrea Pirlo, le nouveau meneur de la Juve à l’époque, réussit 117 passes dans le match, loin devant tous les autres. Avec 80% de passes réussies, souvent risquées et efficaces, il provoque trois fautes et n’en commet aucune, et ne tire que deux fois au but, sur coup-franc direct, mais n’arrive pas à donner une passe décisive à l’un de ses coéquipiers. Véritable maestro de l’équipe, c’est lui qui donne le ton et le rythme de la rencontre en distillant des ballons comme il en l’habitude, sans avoir à courir partout grâce à son intelligence dans le placement, offensif comme défensif. Les Anglais s’épuisent et courent après la balle (seulement 36% de possession pour eux).

Avec le 4-4-2 de Prandelli, Pirlo possède un duo d’attaquants pour recevoir ses passes vers le but. Mais cette doublette, aussi improbable que généreuse pendant le match et tout l’Euro, s’avère inefficace pendant 120 minutes. Balotelli et Cassano titulaires côte-à-côte, qui aurait pu l’imaginer ? Quand la bêtise rencontre la folie, quand l’égo se lie avec le dédain, quand la nonchalance et l’individualisme font la paire, on s’attend à un cataclysme. Mais encadré par un sélectionneur talentueux – big up à Prandelli sur ce coup, vraiment – et des joueurs de renommée internationale, ce duo choc parvient à faire quelques merveilles. Balotelli, toujours plus actif pendant le Championnat d’Europe 2012, est l’auteur de 11 tirs sur les 35 de son équipe, rien que ça. Et même quand Cassano est remplacé à la 78ème minute par Diamanti, ce dernier tente encore plus, jusqu’à déposer le ballon sur le poteau de Joe Hart. Ce même Hart qui a repoussé 12 tentatives italiennes et touché 70 ballons, plus que tous les autres joueurs anglais.

Une séance de tirs aux buts légendaire

Souviens-toi, tu entends enfin les trois coups de sifflet qui marquent la fin des prolongations. Tu te demandes comment l’Angleterre est encore en vie, et tu te dis que vu le match de Hart, il ne peut que sauver les siens d’une élimination aux pénaltys. Et alors que les joueurs, le reste des équipes, les supporters, les commentateurs et les téléspectateurs sont au paroxysme de leur nervosité, c’est le fameux Balotelli qui, le premier, sort du rond central pour rejoindre la surface de réparation choisie par le trio arbitral portugais. Souviens-toi de cette cinquantaine de mètres qui sépare le rond central de la cage. Souviens-toi de ce face-à-face entre Balotelli et Hart, qui marche à reculons jusqu’à son but pour pouvoir fixer et parler à son coéquipier de Manchester City de l’époque. Le portier anglais recule, accompagné par l’arbitre, tout en provoquant du regard l’attaquant italien, réputé pour être l’un des tous meilleurs tireurs de pénalty, n’en ayant alors jamais raté aucun en compétition. Joe fait naître un sourire sur les lèvres de Mario, qu’on sent plus faible mentalement. Une fois arrivé sur sa ligne, le gardien anglais répète à Balo qu’il sait où et comment il tire toujours ses pénaltys, qu’il le connait par cœur. Puis, quand le ballon est posé sur le rond, Hart fait attendre son adversaire d’un soir pour jeter sa bouteille, comme une dernière provocation avant le duel, bien plus bref. Balotelli s’élance, et comme à son habitude effectue un petit temps d’arrêt, avant d’allumer au sol côté gauche. Hart se détend bien et anticipe comme prévu l’endroit du tir de Balotelli, mais ce dernier a frappé trop bien et trop fort pour que Hart ne puisse la toucher, 1-0 pour l’Italie. Le regard de l’italien envers son compère de City après le but est lourd de fierté et de provocation, laissant présager une superbe séance.

La suite de l’exercice n’en est que plus palpitante. Steven Gerrard, en bon capitaine, s’essaye le premier pour les Anglais, et ne craque pas malgré le bon choix de côté de la part de Buffon : il égalise au sol et à gauche, comme Balotelli. Montolivo arrive alors, et effleure le poteau sur son extérieur, toujours 1-1. Le milieu italien a sans doute eu peur de Hart, parti du bon côté encore une fois, en bas à gauche du point de vue du tireur. Les supporters italiens sont abasourdis : ils ne peuvent pas concevoir que leur équipe perde après une telle domination pendant le match. L’infernal Wayne Rooney, comme aime à l’appeler Stéphane Guy, s’avance vers Hart, en beau duel de Mancuniens. La star anglaise prend son élan sous les sifflets du public majoritairement italien pour inscrire tout en confiance un joli but en force dans la lucarne gauche du but de Buffon, parti de l’autre côté. 2-1 pour l’Angleterre.

Et quelle merveilleuse image suite à ce pénalty que de voir se croiser sur la route entre le rond central et la surface Wayne Rooney et Andrea Pirlo. La star italienne se présente calmement devant Hart, avec la pression de tout son pays sur son dos, car un échec de sa part et c’en serait presque totalement terminé des chances de qualification de l’Italie. Hart remue sur sa ligne, et l’arbitre lui demande d’arrêter, puis Pirlo est prié par l’homme en jaune de bien replacer son ballon sur le point de pénalty. Rien de tel pour augmenter le stress des deux hommes, mais Pirlo garde son calme et ne regarde pas son adversaire. Il recule, lève enfin la tête, court vers le ballon, et réalise LE geste du match : il feinte une grosse frappe côté gauche pour arrêter son mouvement, et tout en fluidité, marquer d’une superbe mais minuscule panenka, qui restera gravée dans les annales de l’Euro. Comme pour conclure son geste en beauté, Pirlo continue sa course en trottinant vers Hart au sol, pour lui montrer qui est encore le patron.

Retour vers le futur

C’est ensuite au tour d’un nouveau mancunien de s’avancer vers la cage de Buffon. Young, prend son élan et frappe fort au milieu du but, mais trop haut, et le ballon s’écrase sur la barre. Comme en 2006, Buffon était battu. Comme en 2006, il voit miraculeusement ce ballon ressortir vers le joueur, toujours 2-2. Puis arrive en face de Joe Hart un Nocerino bouillant. Il marque lui aussi un petit temps d’arrêt, comme Balotelli, mais en plus court, plus proche d’une feinte, qui lui permet de prendre Hart à contrepied et de marquer au sol côté gauche, encore une fois. L’Italie mène à nouveau, et met la pression sur l’Angleterre, 3-2. Ashley Cole, arrière expérimenté, prend son temps et croise sa frappe de son pied gauche. Mais le ballon ne part pas assez vite et Buffon le capte facilement. Le scénario s’inverse en à peine deux minutes, l’Italie mène 3-2 avec un tir d’avance.

Il est presque minuit quand Diamanti, surprise de Prandelli, entré en jeu à la 78ème minute à la place de Cassano, s’avance vers la surface de Hart avec le pénalty de la qualification en demi-finale au bout du pied. Tout le stade Olympique de Kiev retient son souffle et les Italiens redoutent le manque d’expérience du petit attaquant. Diamanti le gaucher ouvre son pied pour tirer une nouvelle fois au sol à gauche du but, prenant ainsi Hart, qui anticipe le tir croisé habituel, à contrepied. Le stade crie sa joie, les Anglais restent sur le terrain, scotchés. « Comment le match a-t-il pu se retourner si vite ? » se demandent-ils. Les Italiens courent tous vers ce nouveau héros qu’est Diamanti, et profitent du moment. On se demande encore comment ils auraient pu se remettre d’une élimination après avoir joué un aussi bon match.

Cette victoire 4 tirs aux buts à 3 a permis à la Squadra Azzura de se qualifier en demi-finale de l’Euro 2012, et on connait la suite : superbe victoire face aux Allemands, favoris, grâce au doublé incroyable de Mario « Racaillou » Balotelli, puis la débandade en finale face à la Roja, perdue 4-0. C’est sans doute la dernière fois que l’on voyait Buffon, Pirlo et de Rossi ensemble avec l’Italie aussi bien et aussi loin dans une compétition internationale. Malheureusement, il en est de même pour Terry et Gerrard. Ces deux nations repartent depuis sur un nouveau cycle, excellent concernant les Anglais, inquiétant pour les Italiens, qui se rappelleront sans doute longtemps de ce match et de cet Euro comme le dernier joyau de la sélection aux quatre Coupes du Monde. Et nous, souvenons-nous de ce quart de finale comme étant le meilleur 0-0 que nous ayons jamais vu en phase finale d’un Euro, le dimanche 24 juin 2012. En attendant l’Euro 2016…

Les compos

ANGLETERRE

J. Hart
J. Terry
A. Cole
G. Johnson
J. Lescott
J. Milner, remplacé par T. Walcott (61e)
A. Young
S. Gerrard (c.)
S. Parker, remplacé par J. Henderson (94e)
W. Rooney
D. Welbeck, remplacé par A. Carroll (61e)

Sélectionneur : Roy Hodgson

ITALIE

G. Buffon (c.)
I. Abate, remplacé par C. Maggio (90e)
L. Bonucci
A. Barzagli  
F. Balzaretti
A. Pirlo
C. Marchisio
R. Montolivo
D. De Rossi, remplacé par A. Nocerino (80e)
A. Cassano, remplacé par A. Diamanti (79e)
M. Balotelli

Sélectionneur : Cesare Prandelli

 

Les stats


Les stats

Angleterre

 

Italie

0

Buts marqués

0

36

Possession (%)

64

9

Nombre de tirs

35

4

Tirs cadrés

20

5

Tirs non cadrés

15

3

Tirs arrêtés

12

0

Tirs sur les poteaux

2

3

Corners

7

1

Hors-jeu

2

0

Cartons jaunes

2

0

Cartons rouges

0

15

Fautes commises

11

10

Fautes subies

15

Source : UEFA.com

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